Les micros-comptoirs

La lutte 3.2

Calais Part.2

En août 2016, chaque nuit, une partie conséquente des quelques 10000 occupants de la jungle de Calais tentent de monter sur un camion en partance pour l’Angleterre. Le lendemain, les rares absents sont ceux ayant réussit à passer. Les autres n’ont que deux mots en anglais pour décrire la situation : "No chance". Ceux-là retournent se reposer dans leur cabane en bois ou dans leur tente, espérant que le sort leur soit plus favorable la nuit prochaine. Ils ont alors tout le temps de ruminer leurs pensées.

Après avoir traverser mille dangers pour fuir la misère ou la guerre à travers un voyage financé par toute la famille, les voilà de nouveau coincés à quelques heures de l’eldorado tant convoité. Réussiront-ils un jour à sortir de ce ghetto ou sont-ils condamnés à être des indésirables partout dans le monde ? Finiront-ils par rembourser leur proches grâce au travail qu’ils ne manqueront pas de trouver de l’autre coté de la Manche sitôt celle-ci franchie ( du moins c’est ce qu’ils pensent ) ou seront-ils un jour contraints de rentrer chez eux marqués du saut indélébile et infamant de l’échec ?

La vie dans la jungle est ainsi faite d’espoirs maintes fois contrariés et de désespérance grandissante. Dans cet immense bidonville, des bénévoles s’emploient à améliorer le quotidien des réfugiés en préparant des repas, en construisant des abris, en ramassant des ordures, ou encore en donnant des cours de langue.

Ces bénévoles ont alors la satisfaction de se sentir utiles à quelque chose. Mais à qui cela est-il le plus utile ? Aux bénévoles ou aux réfugiés ? Le French Doctor devenu romancier, Jean-Christophe Rufin, voit d’un œil très critique les actions menées par les humanitaires. A l’en croire, leurs motivations seraient d’abord dictées par leurs propres névroses et la machine humanitaire toute entière se serait pervertie au contact de l’argent. C’est ainsi qu’il écrit à propos d’un personnage dans son roman Check Point se situant durant les guerres yougoslaves :

« Il se moquait pas mal de savoir comment vivaient les gens qu’ils allaient secourir. La seule chose qui lui importait, comme aux autres, ceux qui travaillaient au siège devant leur ordinateur, c’était d’avoir trouvé des " bénéficiaires ". Grâce à eux, l’association allait pouvoir recevoir l’argent de l’Union européenne et la machine caritative continuerait de tourner. »

Alors qu’en est-il des bénévoles de la jungle ? Parviennent-ils, comme Nicolas Sarkozy, à rire de ce spectacle de désolation ? Il semble que oui mais pas pour les mêmes raisons. Quand l’un cherche à séduire son électorat, les autres refusent souvent d’être pris pour des héros. Le rire pour eux est une forme de décompression, indispensable pour affronter ce que les yeux ont parfois du mal à supporter.

Quand le personnel politique encourage le repli sur soi, au point parfois de proposer de remettre les migrants "dans les bateaux", les militants rêvent d’ouvrir les frontières. Deux conceptions radicalement différentes.

Au printemps 2017, les citoyen (ne) s français (es) auront l’occasion de s’exprimer à ce sujet en remettant les clefs du pays à la personne de leur choix.

Média : Le Monde